July GaudetJ’ai donné rendez-vous à July Gaudet, auteure-compositeure-interprète folk, dans mon nouveau chez moi. Nous nous sommes entretenues près du cerisier, dans le paisible jardin de Ginette, sauvage juste comme il faut. Intelligente, spirituelle, d’une sensibilité et d’une humilité rares, July m’a parlé avec pudeur et rires. Voici ses mots.

July, qui êtes vous, d’où venez-vous ?

Je suis native de Drummondville, j’ai habité en Estrie longtemps et suis à Montréal depuis 17-18 ans. Je suis venue pour les études. J’ai fait un bac en animation et recherche culturelles mais n’ai jamais travaillé dans mon domaine. J’avais un travail en horticulture pendant mes études et suis restée dans ce domaine. Je suis partie à mon compte depuis 6 ou 7 ans, horticulture l’été, peinture en bâtiment l’hiver. Habituellement j’arrête de faire de la musique l’été, je recommence l’hiver à partir de novembre-décembre. C’est rendu que l’entreprise roule à l’année. J’essaie de garder du temps et surtout de garder certains rendez-vous pour faire des concerts, même si je n’ai pas le temps de le faire comme j’aimerais, avec des musiciens, pratiquer, car ça demande beaucoup de temps. Je garde des événements comme au Mousse Café à la fin de la semaine ou avec le G.E.S.T.E. Je suis allée chanter à la Saint-Jean dans mon village à l’Avenir. Je n’avais jamais chanté dans mon environnement naturel. J’ai chanté deux chansons. Ca a été super bien accueilli, ils m’ont redemandé pour deux autres chansons. C’était bon d’être accueillie chez moi, avec des gens qui me connaissaient mais ne connaissaient pas ma musique.


Comment en êtes-vous venue à la musique ?

Ca a toujours été une passion depuis que je suis toute petite. J’ai commencé à prendre des cours de piano à 5 ou 6 ans. Par la suite, j’ai dû arrêter, mais c’est toujours resté. Au primaire, j’avais des profs qui nous faisaient chanter, ça me permettait de rester connectée. Au secondaire, j’ai pris l’option musique, mais comme il n’y avait ni piano, ni guitare, j’ai opté pour la clarinette. J’aurais préféré le saxophone mais comme je prenais l’autobus tous les jours, c’était moins gros la clarinette ! Rires. Tous les midis, j’allais demander la clé à mon prof de musique pour aller jouer du piano, j’allais me réfugier là. Je continuais à entretenir ce que j’avais appris dans mon enfance. Ce qu’on apprend jeune reste et s’imprègne. Ma mère jouait du piano, ma grand-mère, du violon et du piano. Mon père fait partie de chorales. Ma sœur chante de l’opéra. Il y a une grande boucle pour finalement revenir à la musique  dans la famille, un long détour. Après le secondaire, je me suis inscrite en sciences humaines. C’est comme si je n’osais pas m’inscrire en musique. Un jour, quand j’avais 19-20 ans, je me suis retrouvée en appartement avec des colocs et une guitare qui trainait dans le coin du salon. J’ai commencé à jouer.


Vous avez donc appris à jouer de la guitare seule ?

La musique c’est un besoin, c’est vital. Peu importe l’instrument qu’on a sous la main, on va le prendre et l’apprivoiser. J’ai commencé avec une feuille et des chansons que j’aimais où il y avait des accords. Au début c’est très lent, ensuite ça commence à prendre forme. Et puis on reconnaît la chanson qu’on entend à la radio! Rires. Après il y a les fêtes, les amis autour du feu et en partageant avec les autres, on apprend beaucoup. Pour mes choses personnelles, ça fait 7 ou 8 ans que je me suis accordée le droit. Au début, je me disais que j’étais en retard, que si j’avais fait mes études en musique comme je le souhaitais au fond de mon cœur, je serais vraiment allée là où ça m’appelait, que je jouerais mieux. On s’autocritique fort.


Qu’est-ce qui vous a finalement ramené à la musique ?

Un jour, j’ai lu le livre ‘Libérez votre créativité » de Julia Cameron, qui est comme la bible des artistes. Je connais beaucoup d’artistes et de créateurs qui ont fait cette démarche. J’appelle ça le livre qui se fait : une méthode en 12 étapes. Il aide beaucoup à libérer la censure, à s’ouvrir. J’ai recommencé à écrire de la musique. C’était beaucoup au piano. Je composais, fallait que ça sorte. C’était incroyable. Ce livre m’a permis de laisser sortir ce qu’il y avait, arrêter de juger ce qui était là et laisser ça prendre sa voie indépendamment de ce que j’en pensais. Je composais et m’enregistrais sur des cassettes. Un jour, une amie qui avait un studio d’enregistrement maison a eu besoin de faire peinturer son appartement et comme je suis peintre, on a échangé les services. Une semaine de peinture en échange d’une semaine de studio. Elle n’avait jamais entendu ma musique, tout comme mes autres amis, je n’étais pas rendu là, je n’osais pas montrer mes choses encore. J’ai pu entendre ce que je faisais sur un support propre et audible ! Rires.


July GaudetDans quelles conditions écrivez-vous ?

C’est l’émotion qui fait monter l’urgence d’écrire. En tout cas, j’en suis encore là. Il faut simplement que j’ai du temps pour me retrouver dans cette bulle, dans cet espace de musique où il n’y a rien autour. Que j’attrape mon instrument et me connecte. La plupart du temps quelque chose arrive quand je suis centrée et que je descends dans le calme. La chose c’est qu’il faut que je sois disponible à ce moment-là. Quand je le fais, il arrive des cadeaux : quelque chose est là, se manifeste et se matérialise en une chanson. C’est drôle à expliquer. Je suis avec mon instrument, un accord vient, souvent un mot l’accompagne. Si je m’y arrête et me lie à l’émotion, le reste du texte est accroché après le mot.


Parlez-nous du G.E.S.T.E.

C’est un groupe d’entraide et de soutien au travail d’écriture. A la base, on s’est tous rencontrés dans différents ateliers d’écriture de Marie-Claire Seguin et aussi à celui du festival Petite-Vallée. On est restés en lien. Ce groupe de travail est la continuité de ce qu’on fait dans les ateliers. Ca fait deux ans qu’il existe. On est six. On travaille une chanson, on peut aussi arriver avec des vieilles choses, qu’on avait laissées sur la tablette. On se donne des conseils, des avis. On fait une première interprétation, tout le monde écoute. Après on se passe le texte de la chanson. On rejoue une deuxième fois. Les gens ont le temps d’absorber et de dire : « Ah, peut-être que ce mot-là n’est pas si juste, que ce phrasé peut se faire de telle façon ou que tel accord est à revoir ». On se rencontre tous les mois et demi. Ca nous oblige à garder un pied dedans. Quand on sait qu’on a une rencontre de prévue à telle date. On n’a pas le choix de sortir la guitare, le piano et de pratiquer pour présenter quelque chose. Tu ne peux pas arriver les mains vides ! Rires. C’est un groupe fantastique et des personnes super généreuses. On le fait pour s’aider, pas pour se juger. On se prend comme on est. Le spectacle annuel présente ce qu’on a travaillé pendant l’année. C’est la démarche jusqu’au bout, jusqu’à livrer. Faire de la scène est aussi un essai. On expérimente en groupe. François et Michel, deux membres du G.E.S.T.E, jouent de la basse, de la guitare et du piano. On s’accompagne. On est comme un petit band, c’est vraiment le fun. Une belle affaire qui se veut en tout simplicité.


July GaudetQuels artistes vous ont influencés ?

Mon artiste fétiche. C’est Joni Mitchell. Sa musique est grandiose et c’est une femme d’une humilité extraordinaire. Vers l'âge de 12 ans, mon oncle m'a laissé une pile de disques pour jouer au freezbee, environ un an plus tard, j'ai porté attention à une pochette d’album, bleue, avec le visage d'une femme aux yeux fermés. J'ai mis le disque sur mon tourne-disque à la chanson titre de l'album Blue. Ça a fait l'effet d'une bombe de velours! Un baume pour l'âme, un exutoire pour le cœur. J'ai usé ce disque toute mon adolescence sans savoir qui était cette femme, ni connaître sa popularité. J'avais l'impression qu'elle s'adressait à moi personnellement. Elle a éveillé quelque chose, c'est sûr. Elle fait partie de ces artistes qui savent mettre l'œuvre en avant de leur personnalité. Ainsi libre et se passant d’artifices, l'œuvre peut faire sa vie. Joni Mitchell a pleinement consenti à se faire instrument de plus grand qu'elle-même et elle représente beaucoup ma vision de la production artistique.

J’aime le jazz, les musiques du monde, beaucoup le folk, les musiques françaises, le classique. Je ne connais pas grand-chose, mais quand ça vibre, ça me touche. Par exemple Paganini, le violoniste, j’écoute ça, les poils me dressent encore et encore. A chaque fois ça vient me chercher. Peu importe le style ou l’artiste, un moment y a un endroit où ça nous correspond, ça nous parle. J’aime la sensation que ça fait en dedans. Dernièrement, dans les artistes québécois, il y a Geneviève Toupin, elle commence à être assez connue. C’est vraiment sweet. Une belle musique du cœur. Radiohead me touche beaucoup, mais c’est plus dark.


Vous parlez beaucoup de paix intérieure, de la vie, de l’amour, du désir.

Je manque beaucoup de discipline, mais ce sont des choses qui font partie de ma vie. Je ne suis pas capable de lire un roman, je peux lire Le livre tibétain de la vie et la mort. Ca m’absorbe et je ne serai pas distraite au bout de deux phrases. Il y a une quête spirituelle, c’est ça qui transparait probablement dans ma musique aussi. Il ne faut pas que ce soit psycho-pop non plus. Mais je reviens toujours à ça. La substance de l’être humain, ce qui est là pendant et ce qui reste après. On va tous y passer, ça fait partie de la vie. J’ai beaucoup de réflexions par rapport à la nature de nos relations humaines, de nos relations amoureuses. C’est quoi l’amour versus le désir versus le besoin.


Et c est quoi l’amour pour vous ?

L’amour c’est la générosité. Je ne dirais pas que c’est l’abstraction de nos besoins, car il faut absolument se respecter dans nos besoins pour être capable d’aimer, se respecter dans ce qu’on est. On ne peut pas être Mère Teresa si on ne l’est pas. Il faut se connaître pour être capable d’aimer. C’est un grand sujet ! Rires.


Avez-vous fait comme vous le dites dans Pour que l’amour nous aime tout ce qu’il fallait pour que l’amour vous aime ?

Je suis en bon chemin ! Rires. J’ai arrêté de m’en faire ! Rires.


July Gaudet

Et La Déraison du désir, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Dans cette chanson, je dis Quand le mensonge prend le large, que la vérité rentre au port, les cales vides sans bagages et vidées d’un trop long voyage. J’entends par là que parfois, quand on part dans un trip, on est tellement dans notre désir et dans notre obsession mentale de l’autre, qu’on confond souvent l’amour et le désir. Appelons un chat, un chat et un chien, un chien. Le désir, ce n’est pas l’amour, même si c’est correct d’avoir du désir. L’amour…celui qui est dur à expliquer…Rires…l’amour universel, spirituel…si ce n’est pas la base de la relation, c’est difficile quand le désir retombe.

Je pense que l’amour respecte l’autre entièrement. Le désir ça vient jouer dans les besoins. Et là quand tu n’es pas satisfaite dans tes besoins, tu vas peut-être moins aimer l’autre. Et ça, pour moi, ce n’est pas de l’amour. Quand tu aimes quelqu’un ou quand tu aimes un ami, s’il est complètement écrasé à terre parce qu’il vient de vivre quelque chose de difficile et que ca va peut-être durer longtemps, tu vas l’aimer quand même. On est plus présent à l’autre quand on n’est pas obnubilé. Il y a une notion de respect, tu es avec quelqu’un et tu sais qu’il faut qu’il se réalise dans tel et tel domaine de sa vie. Tu ne vas pas l’en empêcher parce que toi ton besoin, c’est qu’il soit à côté de toi, attaché à toi. Il y a quelque chose de cet ordre-là. La notion de liberté et de respect absolu de l’incarnation de l’autre. De ne pas essayer de fusionner ça. Qu’on va toujours rester des êtres humains à part entière, souverains.


La musique vous permet-elle de vous réaliser ?

Un jour, je me suis dit : « Ok July, t’es rendue au seuil de la mort, qu’est-ce que tu regrettes de ne pas avoir fait ? » C’était clair : je regrettais de ne pas avoir suivi mon intuition, de ne pas être allée au bout de mon amour de la musique. C’était tellement fort, de le mettre de côté tout ce temps, parce que je ne me trouvais pas assez bonne, assez fine, assez capable. Assume ta vie. Tu verras. Ce n’est pas une question que ça marche ou que ça ne marche pas. C’est une question de le faire ou ne pas le faire. Où ça ira après, c’est pas tes affaires.  Une des grands auteurs que j’aime, c’est Etty Hillesum et son œuvre Une vie bouleversée. C’est une fille au temps de l’holocauste, dans la vingtaine, elle écrit son journal. Tu lis ça, c’est super actuel. Elle veut être écrivain. On y trouve pleins de réflexions philosophiques, spirituelles sur le phénomène de vivre et sur l’art, elle réfléchit beaucoup sur la production artistique. Il y a aussi ses aventures avec son amoureux, elle réfléchit aussi beaucoup sur la nature de la relation, c’est quoi l’amour, c’est quoi le désir. C’est d’une densité ! Au début, ils n’ont plus le droit d’aller dans tel parc, dans telle rue, ils n’ont plus le droit de faire ci ou ça. Ils sont rendus dans les trains, puis dans les camps. Tout ça, elle le vit. Elle, sa passion, c’est l’écriture, ce qu’elle veut faire de sa vie, c’est être écrivain. Elle est en train d’écrire l’œuvre majeure de sa vie, une œuvre qui va être un best-seller, qui va être traduite dans je ne sais combien de langues et elle ne le sait pas. Cette femme est l’une des plus grandes philosophes de notre temps comme Krishnamurti. C’est puissant. Ca m’a vraiment touchée. Sa réflexion sur l’art est extraordinaire. On fait des choses et on ne sait pas où ça va. Ce n’est pas nos affaires quelque part. Sois toi, fais ce que tu as à faire. Si ça parle à des gens, ça parle à des gens. Moi, c’est la musique. J’essaie juste de faire ça, de le faire.


Quand pourrons-nous entendre vos textes et votre musique ?

Le 10 juillet au Mousse Café pour les soirées du Maître chanteur. Je jouerai dix de mes chansons en plateau double avec Emmanuel Raulet. Je ferai une interprétation d’une chanson de François Dallaire, Fragile, qui est un membre du G.E.S.T.E, sur un texte de Diane Audet. Comme je n’ai pas eu le temps de l’apprendre à la guitare, c’est mon ami et guitariste Yves Cloutier, qui va m’accompagner là-dessus. Un honneur pour moi ! Sa musique, c’est d’une beauté ! Il joue de la guitare à deux manches, c’est rare. Il a un beau cœur.


July GaudetA quand l’enregistrement de l’album ?

Je suis rendu à enregistrer. C’est vraiment la prochaine étape pour moi. J’aimerais faire ça cet hiver, avancer une partie du processus. J’ai ce qu’il faut pour remplir au moins trois albums, j’ai du stock, c’est fou. Je pourrais faire un album juste piano, un autre que guitare et si je continue comme ça, je pourrai faire un album juste en anglais. Pour l’instant, j’ai un My Space et un groupe Facebook La Musique de July.


A quoi rêvez-vous, July ?

Je rêve au calme que ça apporte quand on a l’impression d’être sur son X! Rires.  Pour moi je travaille trop. En même temps, je suis toujours remplie de gratitude pour ma petite entreprise. J’essaie de m’organiser pour ça. Je suis chanceuse, une entreprise qui va bien, c’est une bénédiction. J’aimerais accorder plus de temps à la musique. C’est juste organiser ça, parce que la musique aussi va de mieux en mieux. C’est très sportif. Mon plus grand rêve, c’est juste d’être bien, calme, en paix et de vivre pleinement. Ce que je fais. C’est déjà  merveilleux. J’ai confiance que les choses se placent comme elles le devraient et au moment où elles le devraient. Je fais les pas que j’ai à faire, je sais que le prochain pas, c’est d’enregistrer. Pour la suite, on verra. C’est une marche à la fois !

En concert au Mousse Café, le samedi 10 juillet à 21h

2522, rue Beaubien Est (entre Molson et d’Iberville)


Propos recueillis par Sonya OUALI

July Gaudet


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