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C’est le respecté présentateur de bulletin de nouvelles Pierre Bruneau qui a ouvert l’événement Médiasdiversité, en remplacement de Télédiversité, vendredi 22 janvier dans les studios de TVA. L’ambition de l’événement est de permettre la rencontre entre les médias privés québécois et des professionnels issus des communautés ethnoculturelles, autochtones et handicapées. Les candidats sont venus nombreux, armés de CV, d’un sourire confiant et avec la volonté de créer des contacts et élargir leur réseau. De très bons points sont à noter pour cette cinquième édition et d’autres à améliorer.
Pour les éléments positifs, notons la gratuité de l’événement et son accessibilité sur inscription. L’organisation est bien rodée. Les thèmes des trois conférences intéressants : Quel est l’avenir des médias ? La nouvelle en mutation. L’importance du web. A relever, la qualité des conférenciers – principalement des cadres des médias partenaires de l’événement- et leur disponibilité. Il était par exemple possible de parler au journaliste Maxime Landry de TVA Nouvelles ou à Jean-Pierre Laurendeau, vice-président programmation de Canal D. La période de questions qui a suivi chaque conférence a permis aux participants de s’exprimer et d’échanger avec les intervenants.
Les ateliers pratiques ont été un réel succès : une longue file d’attente et des places limitées avec à la clé des auditions en journalisme ou animation radio pour le compte de Rock Détente et NRJ, la lecture d’un bulletin de nouvelles dans le décor de LCN ou la simulation d’entrevue télévisée avec pour coach Philippe Fehmiu de VOX. Des techniciens et une maquilleuse ont été mis à disposition. En plus des conseils personnalisés prodigués par des professionnels, les participants pouvaient repartir avec une démo.
Etaient également présents des établissements de formation aux métiers des médias comme le Cégep de Jonquière, l’UQAM ou l’Université de Montréal.
Autre activité amusante : grâce à un photographe professionnel et un photomontage, vous pouviez faire la une du magazine Clin d’œil ou 7 jours.
Parlons maintenant des éléments essentiels à améliorer. Les questions de fond liées à la diversité dans les médias, à la représentation des minorités visibles à l’écran, sur les ondes ou dans tout autre média ont été simplement éludées. Aucune des conférences n’en a été le sujet en totalité ou en partie. Aucun chiffre ou fait concret qui pourrait démontrer la volonté politique des décideurs de l'industrie de recruter les populations visées n’a été avancé.
Pierre Bruneau qui a prononcé un beau discours d'ouverture est toutefois resté vague quant à la question de la diversité et y est allé d’encouragements généraux : « Y a des gens qui nous disent parfois on est bien déçus, parce qu’il y a peu ou pas d’ouverture. On a l’impression que c’est fermé, que ça reste des rares ilots. Pénétrer c’est comme un rêve mais qu’on ne pourra jamais réaliser. Je pense qu’il y a toujours de la place pour ceux qui veulent réussir. C’est sûr qu’il y a des contraintes et qu’il y en aura toujours, y en a même pour des gens d’expérience des contraintes », a-t-il précisé.
Par ailleurs, sur une douzaine de conférenciers, tous cadres des médias privés québécois, aucun n’était issu des communautés que vise l’événement, ce qui reflète bien la réalité du problème. Ce, même si le maître de cérémonie de l’événement avait un handicap, que la lauréate de la bourse Médiasdiversité, Maria Teresa Calderon, était d’origine latino-américaine et qu’Adison Brown, étudiant en médecine d’origine dominicaine, impliqué dans la vie sociale québécoise a prononcé le discours de fermeture.
Alors, événement pour se donner bonne conscience ou réelle intention d'intégrer ces communautés dans le paysage médiatique ?
Mme Comtois, vice-présidente communication et nouveaux médias à TVA a dit « rechercher avant tout des talents », mais il existe des gens formés et qualifiés issus des communautés ethnoculturelles, autochtones et handicapées. Alors à compétences égales, et si les décideurs choisissaient la diversité ? Et s’ils se donnaient des objectifs de performance comme dans toutes les entreprises et intégraient la diversité dans leur stratégie ? Et s’ils diversifiaient leurs sources de recrutement ?
Et si la diversité devenait synonyme de gain de parts de marché et donc de cash ? Peut-être faudrait-il commencer par cet argument, puisque des membres de ces communautés ne regardent pas certains programmes, ne se reconnaissant pas ou ne s’identifiant pas à ce qu’elles voient ou entendent.
Enfin, et si les professionnels issus de ces communautés s’organisaient non pas juste dans leur propre groupe mais en réseaux intercommunautaires ? Et s’ils créaient des groupes de réflexion et de pression afin de sensibiliser les décideurs de l’industrie des médias et les populations à la question de la diversité et ainsi faire évoluer les mentalités ?
L’événement Médiasdiversité a le mérite d’exister, mais s’il veut avoir une forte résonance à terme, il doit être suivi d’actes les 364 autres jours de l’année.
Texte et photos: Sonya OUALI
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